Le Baïkal, situé en Sibérie orientale, ressemble vu du ciel à un croissant de lune bleu.agrémenté de nombreuses baies et d’îles. C’est le lac de tous les records : le plus grand lac d’eau douce (31500 km2 avec une longueur de 636 km et une largeur maximale de 80 km), le plus profond (jusqu’à 1600 m) et le plus ancien (25 millions d’années). C’est également le plus pur et il renferme une faune et une flore extrêmement variées.

Notre circuit à pied prévoit de le longer sur 220 kms, à raison de six heures de marche en moyenne, ce qui nous laisse largement le temps de l’admirer et de profiter de ses eaux (très fraiches) ! Après 4h de vol pour Moscou puis 6h pour Irkoutsk, nous arrivons tôt le matin à notre destination (nous gagnons sept heures).

Après un petit déjeuner de crêpes chez notre hôtesse Galina, nous partons visiter la ville, C’est dimanche et il fait beau et chaud. La ville est animée, un orchestre fait danser les amateurs dans les jardins sur le bord de l’Angara (la seule rivière qui prend sa source dans le Baïkal), les russes sont endimanchés et nous admirons les tenues (et surtout les chaussures) de ces dames, toujours très élégantes… quelques jupes très courtes

Pas question de se coucher avant le soir pour résorber le décalage horaire et nous avons, quelques coups de pompe dans la journée. Il pleuviote ce lundi matin mais cela se dégagera dans la journée. La ville vient de fêter ses 350 ans. Bâtie sur l’Angara, c’est une des plus importantes de Sibérie. Les anciennes maisons en bois, décorées de dentelles de bois, sont protégées et mises en valeur. Les monuments ont été bien rénovés.

Un minibus nous transfère au port le matin, où nous embarquons dans un hydroglisseur en direction du Baïkal. Le bateau remonte l’Angara sur 60 km puis longe les côtes du lac en direction du nord. Après un arrêt à Listvianka, nous longeons les rives du lac pour arriver au village de Bolchie Koty. La veille nous avons vidé le contenu de nos bagages dans des sacs étanches, indispensables pour conserver nos affaires sèches. Le tapis de sol enroulé à l’intérieur permet au boudin de plastique de se tenir et de protéger les vêtements et duvets.

Nous chargeons les sacs puis après le déjeuner partons à pied jusqu’à la baie de Bolchaya Sennaya. Il fait beau et 18 kms plus loin, nous arrivons au premier campement au bord du lac. Nous montons les tentes sur l’herbe un peu en hauteur car le bord de l’eau est couvert de galets et l’eau monte un peu. Les petites vagues et l’immensité du lac dont la largeur fait plus de 50 kilomètres, donnent l’impression d’être au bord de la mer. Anton Staga, notre conducteur du bateau, nous a préparé un bon diner et pêche toute la soirée (comme il le fera souvent pendant le séjour). Il ne parle que russe.

La soirée auprès du feu est l’occasion de mieux faire connaissance, les nombreux toasts de vodka aidant à se « décontracter ». Il y a trois toasts minimum (le premier à l’amitié, le deuxième aux dames, le troisième à l’amour) mais ce n’est pas limité. Le verre de vodka doit être vidé cul sec à chaque fois, certains jouent bien le jeu et auront besoin d’une main amicale pour regagner leur tente. Le bidon de 5 litres a été vidé ce soir là ! les nuits sont fraîches et le groupe se resserre de plus en plus prés du feu, au fur et à mesure que certains vont se coucher.

Petit déjeuner à 8h30 et départ une heure plus tard. Nous démontons les tentes et portons les sacs au bateau chaque matin. Nous avons bien dormi, malgré les duvets un peu légers pour certains, ce qui les obligent à dormir tout habillés. Il fait beau, toujours un peu plus frais au bord du lac car le vent souffle. Nous avons fréquemment de petites pluies durant le séjour mais elles ne durent pas et ne sont guère gênantes.

Ce deuxième jour, nous nous arrêtons déjeuner dans un vieux village au bord du lac. Les autres jours, Anton nous attend dans une baie et lorsque nous arrivons, le repas est prêt. Une énorme soupe à volonté pour caler les estomacs et des gâteaux secs, bonbons et chocolat en dessert. Il en est de même le soir : soupe aux pâtes, pois cassés, spaghettis, riz, le tout agrémenté de poisson ou de bœuf et bien relevé. Natasha complète par une salade de choux, concombre… ou la préparation d’un mélange de chair de poisson cru mariné aux oignons à tartiner : c’est délicieux. Nous dégusterons également des côtes de porc marinées et grillées au barbecue.

Nous marchons de 20 à 30 kms par jour, alternant les sentiers en surplomb du lac (attention à bien regarder où l’on pose les pieds car la falaise est à pic et les chemins peu marqués), ou à travers la taïga où nous traçons notre chemin, essayant de suivre le rythme rapide d’Anton qui ouvre la marche et ne s’arrête guère. Le chant des cigales accompagne la marche. Natasha, en queue de groupe, encourage et aide les retardataires. Le sentier est en « montagnes russes », nous montons et descendons sans arrêt, nous éloignant du lac en passant dans la forêt (gare aux moustiques) puis le retrouvant. Notre dénivelé est de 600 à 1000 m par jour. Le rythme imposé par Anton est rapide, chacun se positionne petit à petit « à sa place » dans la file en fonction de sa vitesse.

Il nous arrive fréquemment de marcher le long de la berge, sautant de roche en roche et parfois dans l’eau jusqu’à la taille lorsqu’il n’y a pas d’autre passage. Nous avons maillot de bain et chaussures d’eau dans le sac et nous nous équipons pour traverser lorsque c’est nécessaire. La température du lac varie entre 10 et 15° mais c’est étonnamment supportable.. et nous n’avons pas le choix de toute façon ! D’ailleurs, à l’arrivée au campement en fin d’après-midi, nous sommes presque tous motivés pour faire un plongeon (rapide) afin de nous laver après la marche.

Tous les matins, lorsque nous quittons le campement, Anton charge le bateau et nous retrouve en milieu de journée au bord de l’eau dans une baie. Il prépare le repas en nous attendant… et va pêcher. Les accompagnateurs communiquent par talkie-walkie en permanence. Les foyers des bivouacs du soir sont souvent aménagés . Il n’y a plus qu’à tendre la toile pour nous abriter au cas où il pleuve. Dés notre arrivée, l’équipe s’active pour nous préparer le repas, toujours délicieux. Nous mangeons parfois à table lorsqu’il y en a mais migrons rapidement autour du feu !

Le quatrième jour, nous profitons d’un bania, le sauna sibérien, au bord du lac. Après être restés une dizaine de minutes au chaud (+100°), nous courrons sans difficulté piquer une tête dans le lac qui ne nous semble pas froid. C’est l’occasion de se laver moins superficiellement et de faire un shampoing dans le bania avec les cuvettes remplies d’eau tiède. Il faut renouveler l’opération trois fois minimum. Quelques gouttes de bière jetées sur les pierres donnent une bonne odeur. Lorsqu’on rajoute de l’eau, la vapeur fait augmenter la température qui devient presque insupportable. Lors d’un second bania deux jours plus tard, nous ferons deux groupes les hommes d’abord, les femmes ensuite. Malheureusement, il ne sera pas possible d’en faire d’autre sur le trajet.

 

Après le bania, nous dégustons de l’omoul le soir, un poisson endémique du lac qui vit dans les profondeurs. Il est fumé et délicieux. La vodka ou un mélange alcoolisé local accompagnent les diners. La marmite de thé est toujours prête. C’est bien agréable. Parfois la soirée se prolonge sous la tente autour d’un jeu de cartes. Nous nous initions au Dourak, un jeu local.

 

 

Les paysages sont superbes lorsqu’on surplombe le lac. La côte est découpée, de nombreuses baies, des falaises escarpées. Un après-midi, nous arrivons sur une plage de sable blanc entourée de gros rochers, dont nous pourrons profiter jusqu’au soir (elles sont habituellement couvertes de cailloux et de sable noir). C’est l’occasion d’aller ramasser des ceps dans la taïga au dessus. Au final, peu sont conservés mais ils agrémentent bien la soupe de pâtes le soir. Temps de farniente, à l’abri du bateau car il y a du vent, pendant que Natasha dépiaute du poisson donné par des pêcheurs, pour nous préparer ce délicieux mélange à tartiner. Des petits poissons (bébé omouls) profitent des déchets et s’agglutinent autour des chevilles pour les picoter, c’est amusant comme sensation.

 

Nous rencontrons parfois des gardes du parc, des pêcheurs ou des marcheurs qui suivent une partie du lac. Un garde vient un soir contrôler nos papiers mais c’est probablement une excuse déguisée pour boire un verre.. qu’il accepte avec empressement. Le camping est très populaire et les habitants d’Irkoutsk viennent volontiers passer le week-end au bord du lac.

 

 

Une jeune chienne nous suit également depuis le début du trek, mélange de berger allemand et de husky. Elle est très craintive et reste d’abord à distance mais ne nous lâche pas. Nourrie et câlinée par tous, elle ne va plus nous quitter et nous nous y attachons. Elle n’aboie jamais et suit gentiment le groupe (n’hésitant pas à se jeter à l’eau lorsqu’elle ne trouve pas d’autre passage), s’installe prés de nous dans le campement. Rapidement, nous décidons de lui trouver un nom et l’appelons Vodka, nom auquel elle répondra assez rapidement. Au bout de quelques jours, la taîga laisse la place à la steppe, de grandes étendues herbeuses et vallonnées à perte de vue. Nous longeons des petits lacs puis rejoignons la côte.

Dans la baie où nous nous installons l’après-midi, des peintures rupestres sont gravées sur les rochers. La plage de sable est propice au repos et à la baignade, pour le bronzage c’est un peu juste… Le dernier jour, lever de bonne heure car nous avons six heures de marche avant le déjeuner et le retour sur Irkoutsk. Cela nous donne l’occasion d’admirer un magnifique lever de soleil. La traversée des steppes, longeant des petits lacs, est magnifique.

Nous montons au somet du mont Chybété autour duquel se trouvent les anciens remparts du premier peuple du Baikal les Kourykans.

Il n’en reste pas grand chose mais la vue sur la côte et sur les méandres de la rivière Anga en contrebas est fabuleuse.

Nous faisons nos adieux à Vodka et somnolons durant les 200 kms de piste puis de route… il vaut mieux car la conduite est un peu stressante, rapide, les routes étroites et les lignes blanches décoratives. La plupart des véhicules ont le volant à droite car ils ont été achetés directement au Japon et cela fait une drôle d’impression lorsqu’ils doublent.

 

De retour dans l’appartement de Galina, après une bonne douche chaude, nous refaisons nos sacs, essayant de trouver une tenue propre pour le soir et faisons un dernier tour en ville avant ‘aller dîner dans un restaurant et partager les derniers toasts avec Natasha, les Anton et Dacha.